[logiciel creation site] [creation site web] [creation site internet] [L]
[L]
[L]
[]
[L]
[]
[L]
[L]
[L]
[L]
[L]
[L]
[]
[]
[L]
[]
[L]
[L]
[L]
[L]
[]

par Raymond Sérini

Chronique parue dans Harmonie Magazine n°54 et reproduite avec permission.


Le jeudi 5 mai, le parking du Jas Rod fut très tôt envahi de

nombreuses voitures, signe que, comme à l'habitude, la soirée s'annoncerait festive,

avec cette atmosphère bon enfant que nous apprécions tant. L'occasion de discuter

de nos groupes et de nos concerts avec des passionnés de même acabit est trop

belle. Il y a surtout cette joie d'écouter des formations connues ou inconnues et de

communier tous ensemble à ce partage de la musique prog. L'affiche était sur le

papier d'ores et déjà alléchante et lorsque l'on pense que les organisateurs ont reçu

près d'une centaine de propositions de groupes voulant jouer durant ce festival, cela

donne le tournis. Le problème n'est pas nouveau : les groupes de rock progressif, à

de très rares exceptions près, ont très peu d'occasion de se faire entendre sur

scène, du fait de la confidentialité d'une musique qui ne passe pas en radio et

demande une attention véritable ainsi que de la frilosité des directeurs de salles pour

qui le prog est le dernier de leur souci. Ce premier soir de festival nous permettra

d'applaudir deux groupes : les Mexicains de Cabezas de Cera avec une musique

difficile, exigeante et les Anglais de Caravan, groupe culte venu tout droit des

années 70 et figure de proue de l'école de Canterbury. Le cocktail était savoureux et

suivait l'optique de la politique générale des organisateurs qui mélangent avec

délectation les styles musicaux et les pays d'origine. La grande nouvelle était qu'enfin

nous pouvions applaudir un pilier, un groupe mythique ayant posé sa pierre personnelle dans les fondations du prog.

Lors des cinq festivals précédents, la qualité des groupes proposés était indéniable. Il ne manquait que des acteurs de la

période dorée du rock progressif pour que la perfection soit atteinte. Cabezas de Cera est un groupe de trois musiciens mexicains qui n'ont pas choisi la facilité, loin s'en faut. Dans un pays où seuls Iconoclasta et Cast (tous deux déjà venus

au Prog'Sud) représentent la scène prog et où dominent comme partout les hits fadasses à la Ricky Martin, il fallait un

sacré cran pour oser proposer un tel univers inclassable, mélange tout à la fois de jazz-rock, de free-jazz, de fusion, de rock, de world music. Leur musique très cérébrale, très expérimentale, se révèle un peu froide et figée à l'écoute des cds.

Par contre, sur scène, elle prend une toute autre envergure ; l'énergie des trois compères, passant par là, transfigure les

compositions. Leur influence principale demeure le King Crimson des années 80 mais l'improvisation est omniprésente.

 Il y a deux facettes chez ce groupe : la facette expérimentale et celle beaucoup plus sage d'une musique folklorique tirant son inspiration dans les divers chansons traditionnelles mexicaines et surtout la musique des peuples des Andes, popularisées entre autres par les Chiliens d'Inti Illimani. Le tout forme une recette explosive, unique et totalement déjantée. Sur le papier, Mauricio Sotelo tient les guitares, Ramsés Luna le saxophone et tous les instruments à vents et Francisco Sotelo les percussions. Mais, chers lecteurs, ne nous y trompons pas. En scène, CBC est une sorte de laboratoire en folie dans lequel les musiciens changent continuellement d'instruments. Francisco, qui est dans le civil sculpteur sur métaux,

a même créé des instruments totalement originaux, pour la plupart à cordes et à percussion. Une harpe à douze cordes et un sitar indien métallique font, entre autres, partie de cette collection unique au monde, sorte d'inventaire merveilleux à la Prévert. Pendant plus d'une heure quarante, à travers onze titres, le groupe va revisiter son répertoire constitué de trois albums auto-produits (same, un segundo et Metalmusica, dernier double cd). CBC jouera une grande partie de ce dernier opus. Le rappel sera le titre Goxcilla, une perle cosmique qui peu à peu part en vrilles saxophoniques. Le public s'avèrera conquis par la fougue et l'enthousiasme des trois Mexicains. A en juger sur pièce et sur scène, CBC a de beaux jours

devant lui. Nous ne vous ferons pas l'injure de présenter Caravan. Le set fût somptueux et très différent de celui de Six Fours il y a deux ans. Ce concert du Prog'Sud célèbre la troisième jeunesse du groupe qui jouera pendant près de deux heures. Pye Hastings à la guitare rythmique et au chant, Jan Schelhaas aux claviers, Richard Coughlan à la batterie, Jeffrey Richardson au violon et à la flute, Jim Leverton à la basse et Doug Boyle à la guitare solo composent le groupe actuel.

Bien sûr, la majorité des titres sont tirés de la période dorée des années 70 (memory lain hugh, the dog, golf girl, nine feet underground, hello hello, who do we think we are et en rappel le fabuleux For Richard, titre fétiche du groupe). Au milieu de tout cela, une poignée de morceaux du très bon dernier cd «the unathorised breakfast item » (revenge, smoking gun, breakfas item..). Le groupe très soudé est concentré sur sa musique. Les seules facéties viennent de Jeffrey Richardson

qui, par deux fois, mit une ambiance humoristique sur la scène. Sur le titre golf girl, il endosse des gants de chirurgien et joue la rythmique du morceau avec des cuillières. Plus fort encore, sur hello hello, il joue la rythmique avec un grand

sécateur taille- haies. Mais lorsque notre violoniste passe aux choses sérieuses, ça ne rigole plus. Nous ne sommes

pas prêts d'oublier son dialogue violon/guitare avec Doug Boyle sur Nightmare. Si nouvelle jeunesse il y a, le travail impressionnant de Doug Boyle à la guitare y est pour beaucoup. La dextérité, la force des soli et la présence forte de

 l'ancien guitariste de Robert Plant ont apporté une nouvelle fraîcheur à des titres maintes fois entendus. Mais chacun des musiciens mérite un coup de chapeau, tant cette musique a pris une force peu commune au fil des ans. La présence d'un jeune public qui ne cachait pas son plaisir fut le plus de la soirée. Et il y eut les deux grands classiques incontournables du prog, ces monuments que sont Nine feet underground et For Richard ; deux titres qui vous laissent chaque fois littéralement à genoux. Le retour de Caravan dans notre région aura donc été fracassant, pour la plus grande joie des spectateurs.

La première soirée se termina dans le contentement général. Hélas, le vendredi 6 mai, la seconde soirée ne put avoir lieu :

un feu s'étant déclenché tout près des Pennes- Mirabeau nécessita la neutralisation de deux pylônes électriques qui, manque de chance, alimentent une moitié de la région Paca. Pas de concerts donc parce que pas d'électricité, mais cela n'était que partie remise. Samedi 7 mai : la soirée commence exceptionnellement à dix neuf heures afin de rattraper le

temps perdu et Odessa ouvre le bal. Découvert au Prog'Sud en 2003, ce groupe italien a su s'imposer de par son grand potentiel scénique et son répertoire qui oscille entre compos originales et reprises judicieuses. Le groupe est toujours

composé de Lorenzo Giovagnoli au chant et aux claviers, Giulio Vampa à la guitare, Valerio de Angelis à la basse et

Marco Fabbri à la batterie. Une heure trente de concert juteux et énergique avec pour seule recette une pêche de tous les instants et une maîtrise musicale qui s'affine toujours un peu plus. Leur musique puise à la source des années 70 avec

orgue Hammond et guitare en avant et riffs à profusion. Le show débute avec trois titres de leur cd Stazione Gethsemani de 1999 (lotta per il dominio, esilio, di buio e luce). Il continue avec des morceaux connus de grands groupes progs italiens et deux titres d'un futur album (senza fiatto, going south, leila, viene la sera). Puis viennent les fameuses reprises dans lesquelles Odessa excelle : we will rock you et we are the champions de Queen, Highway star et Child in time de

Deep Purple et en dernier rappel un ébouriffant Rock and roll de Led Zeppelin. Comme à l'habitude, notre cher bassiste Valerio, vêtu d'un tee-shirt Superman, s'en vient faire deux fois le tour de la salle avec sa basse en guise de mitraillette et

présente les morceaux dans un français de cuisine qui fait écrouler de rire toute la salle. Mais la grande force du groupe

vient de cette section rythmique de feu alliée à cette guitare incandescente et à la grande classe de Lorenzo, magnifique clavieriste et showman charismatique à la voix entre Robert Plant et Ian Gillan. Ce troisième passage au Prog'Sud de Odessa a confirmé encore une fois leur potentiel. Il est grand temps que leur second album puisse enfin voir le jour afin que tout un chacun puisse les découvrir et apprécier leur musique vibrante et formidablement swinguante. Pour leur succèder Biocide, un groupe marseillais qui surfe dans une musique qualifiée de psychégroovecore. Un univers encore différent que

 le Prog'Sud aura su mettre en lumière. Les jeunes musiciens ont témoigné d'une fougue et d'une énergie réelles. La palette de leurs influences va de Pink Floyd à Magma, Bjork, ou Alice in chains. Auteurs de deux cds à ce jour et forts de plus de deux cent concerts depuis 2001, ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Avec les Belges de Ken's Novel, nous voici retrouvant un néo prog de très bonne facture. Le groupe avait ouvert la voie avec un premier cd The Guide en 1999 et attendit cinq ans pour resservir le couvert avec un nouvel opus Domain of Oblivion. Patrick Muermans au chant, Bruno Close aux claviers, Sébastien Mentior à la basse, Geoffrey Leontiev à la batterie et Eric Vanderbemden à la guitare ont pris d'assaut la

scène du Prog'Sud. Ken's Novel a consacré la majeure partie du concert à quatre morceaux de Domain of Oblivion, les plus longs et les plus progs à savoir The hallucinogenic lake, Empress of the frozen sea, Homeland et le phénoménal Domain of oblivion qui donne le titre au cd, le tout entrecoupé par un morceau du premier album, Homeland. Il y a chez ces musiciens une réelle capacité à entreméler des éléments très différents allant du neo-prog à la Rush, Dream Theater ou Saga à

l'ethnique, le jazz, une certaine new-wave influencée par Simple Minds ou Tears for fears et même l'expérimental. C'est pour cette raison que le qualificatif néo, s'il est globalement justifié, est quand même un peu réducteur. Il y a de toutes façons

 une belle osmose entre les musiciens et l'on sent dans l'exécution des différents titres un vrai travail de groupe ainsi qu'une totale connivence entre eux. Une chose est certaine : nos amis de Ken's Novel ont la patate (en Belgique, cela se dit la frite) et ils vont le prouver tout au long d'un concert qui ajoutera une belle page de plus aux shows néo de l'histoire du Prog'Sud. Ils iront même jusqu'à terminer leur set par un medley des meilleurs titres de leur premier album. Ce qui dominera est le sentiment des différences entre les morceaux du premier et du nouvel album, ce dernier étant manifestement beaucoup plus métal. Mais qu'importe le flacon, puisque l'ivresse était bien là !!!!  Pour terminer le festival, il fallait frapper très fort. Ce fût le cas avec Mats/Morgan, duo accompagné de trois autres musiciens venu de Suède, fort de plusieurs albums. Mats Oberg (claviers) et Morgan Agren (batterie) ont une réputation justifiée de très grands musiciens. Par le passé, Bill Bruford et

même le grand maître Frank Zappa (entre autres) multiplieront les éloges à leur égard. Lorsque l'on sait que Mats Oberg

est aveugle de naissance, l'on se dit que décidément ce groupe ne ressemblera à aucun autre. Ce samedi 07 mai, les deux leaders bénéfcièrent du renfort de Jimmy Agren à la guitare, Robert Elovvson aux claviers et Tommy Thordsson à la basse. Ici, nous avons droit à une musique expérimentale jouée avec frénésie, puisant tout à la fois aux sources de Frank Zappa,

du jazz, du prog de l'école de Canterbury style National Health et des musiques nouvelles. Un certain rapprochement avec Magma n'est également pas à exclure. Et l'élément fondamental de cette musique est une énergie brute qui vous explose à la figure et vous laisse pantois. La rythmique est proprement phénoménale avec une batterie et des claviers du feu de Dieu. Les deux claviers sont situés chacun aux extrémités de la scène. Un déluge de notes, une fougue impressionnante, une rapidité d'exécution saisissante et un zeste de folie sont les ingrédients d'un concert de Mats/Morgan. Rien ne manquera dans ce concert : ni les compositions hallucinantes, quasi hypnotiques, ni la maîtrise parfaite de musiciens en état de grâce, ni l'extrême inventivité de thèmes s'entrelaçant les uns aux autres. Mais comment décrire une musique aussi personnelle, aussi intemporelle, aussi forte ? Le mieux étant pour vous de vous procurer au plus vite l'un des cds de Mats/Morgan.

 Pour être clair, pendant une heure quarante cinq, le Jas'Rod fut envahi par une tornade qu'il sera impossible d'oublier à quiconque. Le final sera encore plus grandiose puisque sur le dernier morceau, les musiciens joueront Š et sauteront en même temps à pieds joints. Lorsque nous vous disions que ce groupe ne ressemble à aucun autre. L'ovation qui s'ensuivit était amplement méritée. La recette simple mais toujours de bon goût s'est avéré encore gagnante: un groupe local à découvrir, un représentant talentueux du néo-prog international, un combo italien qui sait chauffer une salle avec un prog seventies de derrière les fagots, deux formations expérimentales aux univers totalement uniques et un groupe -culte

retrouvant une troisième jeunesse. Pour cette sixième édition, le Prog'Sud nous aura encore gâtés. Les douze coups de minuit s'étaient égrenés depuis des lustres lorsque nous passâmes le portail du Jas'Rod en nous disant que le temps serait long et qu'il faudrait attendre un an pour retrouver ce festival Prog'Sud, la lumière des Pennes-Mirabeau et la sympathie chaleureuse de nos amis marseillais.

Prog'Sud 2005 : une véritable réussite