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Prog'Sud 2006 - Un festival splendide !
Compte-rendu et interview de Raymond Sérini pour Harmonie (n°57 - Juillet 2006)


Le Prog'Sud a donc fêté sa septième édition entre le 24 et le 27 mai dans le son fief désormais légendaire du Jas'Rod aux Pennes Mirabeau, tout près de Marseille. Durant quatre soirées intenses, les organisateurs du Festival nous ont proposé un florilège de groupes très divers qui symbolisent en grande partie les tendances de ce qui se fait dans le rock progressif. Mais il faut noter que de plus en plus, le Prog'Sud varie le propos et part dans des directions différentes. La curiosité musicale et la passion du partage sont les moteurs d'une démarche sincère qui depuis 2000 n'a cessé de s'affiner et d'évoluer jusqu'à rendre aujourd'hui le Prog'Sud définitivement incontournable dans le paysage du rock progressif français et même international. Chaque groupe joue en moyenne une heure quinze, ce qui permet une visite de répertoire assez large. L'affiche de ce septième festival débutait le mercredi 24 mai par une soirée totalement franco-française avec trois groupes hexagonaux. John Slade Band proposa un mélange de King Crimson, Pink Floyd et Zappa. Tai Phan, renaissance du célèbre Tai Phong avec un seul membre historique du combo le batteur Stephan Caussarieu, arpenta les différentes périodes de sa discographie. Le point d'orgue de la soirée sera le set de Lord of Mushrooms. Nos Niçois qui ont bien mûri depuis leur première venue au Prog'Sud de 2002 ont publié il y a peu un second opus Seven Deadly Songs. Le rock progressif des débuts de LOM s'est mué en un prog-metal, plus proche des ambiances musicales d'un Dream Theater. Il ravira un grand nombre de spectateurs présents.

Le jeudi 25 mai, la soirée fut italo-anglaise. Il Castello di Atlante présenta un rock progressif italien des seventies de toute beauté. Les bases de leur musique étaient toutes réunies : symphonisme, légèreté, beauté des compositions et inspiration. Nous savions leur talent pour avoir écouté et apprécié les cinq opus sortis à ce jour. Le plus de Il Castello di Atlante est l'émotion palpable qu'il dégage sur scène au travers du violon magique de Massimo Di Lauro qui nous gratifia d'un solo magistral sur Simplice Ma Non Troppo. Moment magique du concert : une version magistrale de Questo Destino, tirée du dernier opus Quintessenza.

Mangala Vallis, autre groupe italien leur succéda. Mangala Vallis vient de sortir un second opus, Lycanthrope, l'histoire d'un homme qui se transforme en loup. L'un des plus grands chanteurs prog italiens, Bernardo Lanzetti, vient d'intégrer le groupe à temps complet. Ce lead-singer mythique a été le chanteur historique de PFM durant la période 1975-1978 (de Chocolate kings à Jetlag). Le groupe a joué l'intégralité de ce dernier opus et une version sublimissime de Impressioni di Settembre, le standard mythique de PFM. La force de frappe de Mangala Vallis fut évidente avec un batteur exceptionnel, un chanteur totalement habité par son personnage de loup et la cohésion musicale de l'ensemble du groupe. Lycantrope est un peu une sorte de The lamb lies down on Broadway qui trouve une puissance décuplée en scène. Et bien sûr, il y a la magie de Bernardo, homme-loup charismatique, qui fascine de par un jeu de scène très pur et une présence phénoménale.

Puis, ce fut le tour de Soft Machine de clôturer cette seconde soirée. Soft Machine est un groupe culte formé dans les années soixante et qui n'a cessé d'évoluer à travers de nombreux changements de personnels, de séparation plus ou moins longue et reformations diverses. Après la récente disparition de leur saxophoniste Elton Dean, le groupe se présentait dans le line up suivant : John Ethridge à la guitare, Hugh Hopper à la basse, John Marshall à la batterie et Théo Travis au sax et à la flûte. Ces derniers firent partie du groupe à des périodes différentes, sans jamais jouer ensemble. Les musiciens offrirent un répertoire très varié et un jazz rock soft avec de splendides solos instrumentaux. Beaucoup d'improvisations dans les morceaux, comme sur Ash qui ouvre le concert. Le dialogue basse saxophone fut magnifique sur Kings and Queens.Le solo de batterie de John Marshall fit également merveille avant les deux rappels Kite runner et Facelift .Cet univers musical est indéfinissable car il puise tout à la fois dans le jazz, le blues et le rock. Le plus souvent, il présente un free jazz élégant et racé. Ce concert de Soft Machine fut encore un moment inoubliable du Prog' Sud, à rajouter à tant d'autres...

Le vendredi 26 mai, Paul Whitehead, le célèbre graphiste des pochettes de Genesis (Foxtrot, Trespass et Nursery Cryme) nous présenta un show des plus inattendus. Portant des masques de Cyborg (personnage mi homme, mi machine), Paul et ses musiciens jouèrent un space rock déjanté et déroutant qui intrigua de nombreux spectateurs. Les claviers prépondérants et planants prédominèrent dans ce mini concert qui était finalement une sorte de hors-d'æuvre à ce qui allait suivre.

Le retour d'Eclat en concert était attendu par un grand nombre de spectateurs, une coupure d'électricité l'année dernière nous ayant privés de leur présence sur scène. Pendant un peu plus d'une heure, Eclat nous a régalés d'une prestation qui fit l'unanimité. N'essayez pas de décrire cette musique, elle est la fusion d'univers totalement divers (progressif, jazz rock, univers « zappa », blues, rock, jazz soft) et est devenue tellement personnelle que la qualifier relèverait du blasphème. Elle est à elle seule une aventure, un voyage dans l'espace et le temps. Le groupe a changé de composition depuis l'enregistrement de son dernier opus Le Cri de la Terre. Il est maintenant composé de Alain Chiarazzo à la guitare, Thierry Massé aux claviers, Marco Fabbri à la batterie et Fred Schneider à la basse. Alain arborait fièrement un tee-shirt Viva Zappa. Après une courte intro, Eclat ouvrit le concert avec La Machine, un morceau dédié à Soft Machine et Elton Dean. Instantanément, nous comprimes que la soirée serait exceptionnelle : la nouvelle section rythmique apporte une puissance de feu à une musique d'une prodigieuse intensité. Le calme revint provisoirement avec un titre composé par Fred Schneider, Medication présenté comme un slow et effectivement proche des univers de Santana (Europa). Puis en hommage à Frank Zappa (tee shit oblige !!!) Mr Z fut un autre morceau calme dans lequel la guitare se fit plus saturée et fit tomber une pluie de notes. Energies qui porte bien son nom est un titre très enlevé dans lequel le jeu de claviers de Thierry suscita l'admiration. L'un des grands moments de ce concert fut Horizon Pourpre, une musique toute en breaks avec Alain Chiarazzo en état de grâce nous offrant un solo dont il a le secret. Toujours Courir était le titre inattendu de ce show, un ancien morceau tiré du premier album du groupe dans lequel une fois encore Thierry fit admirer son talent, au piano cette fois. Pour terminer en beauté, un autre extrait du Cri de la Terre, Mare Nostrum et ses couleurs orientales nous envoûtèrent en rappel une dernière fois. La musique d' Eclat a passé un cap. Après de nombreux festivals un peu partout dans le monde ces dernières années, le groupe est maintenant au niveau des plus grands. Les promesses contenues dans Le Cri de la Terre ont été tenues et Eclat jouit aujourd'hui d'une cohésion rare. Chaque musicien apporte sa pierre à l'édifice et donne à cette musique inclassable une percussion et une grandeur qui forcent l'admiration.

Lazuli termina la soirée avec une musique pop-rock-prog-électro-world efficace. Auteur de deux opus à ce jour (le dernier, Amnésie est paru en 2004), ce groupe ne cesse de séduire et d'élargir son public. Les titres sont courts et ne dépassent pas les cinq minutes, les textes en français sont sensibles et intelligents empreints de poésie et de nostalgie. Les instruments utilisés par les musiciens de Lazuli sont d'ores et déjà des plus inhabituels : stick Chapman, marimba, vibraphone, percussions, guitares et la Léode, un instrument unique inventé par Claude Léonetti, membre du groupe, à la suite d'un accident le privant de son bras gauche. Le mélange détonnant de sonorités très diverses (orient, latino, rock, classique, variétés) est porté par la voix étonnante de Domi. Aucun titre ne domine vraiment, l'univers musical de Lazuli est novateur, étonnant et se déguste dans son ensemble. Les spectateurs sont généralement des plus conquis et ce fut encore le cas durant ce Prog'Sud. Lazuli représentait cette ouverture vers des sentiers nouveaux, éloignés des bases classiques du rock progressif.

Le samedi 27 mai était donc la dernière soirée de cette septième édition du Prog'Sud. Et une fois n'est pas coutume, le Japon fut représenté par deux groupes aux antipodes l'un de l'autre. Asturias est très connu dans le milieu progressif pour avoir composé Brillant Streams l'un des plus beaux albums de prog venus du Soleil levant. Au Prog'Sud, le groupe se présenta en formule quartet acoustique (guitare acoustique, clavier instruments à vent, violon). Tous les titres de ce spectacle furent emplis d'une mélancolie et d'une grâce incroyables, la musique tirant souvent vers le classique et même le baroque, parfois et plus rarement vers des climats expérimentaux. L'univers musical de Asturias est clairement empreint de musique classique et explore les sentiers fleuris de Renaissance, de Steve Hackett et Anthony Phillips dans leurs moments les plus « romantiques ». Chaque instrument répondait à l'autre et une grande magie se dégageait de ce quatuor qui reçut une ovation méritée.

Pour leur succéder, Baraka se fit entendre !!! Ce power trio japonais venait jouer pour la première fois en France et c'est au Prog'Sud qu'ils firent admirer une pêche de tous les instants. Leur musique, située entre les groupes mythiques de hard rock (Deep Purple, Led Zeppelin), Rush et la virtuosité d'un Jimi Hendrix, fit exploser le Jas Rod. Ce groupe de scène par excellence dégagea une intensité énorme et livra une prestation très entraînante et de très grande qualité.
Enfin, pour clore ce feu d'artifice de groupes et de musique qui durait depuis quatre jours, les Allemands de RPWL furent conviés à clôturer les débats (jusqu'à l'année prochaine bien sûr). Ils le firent avec le professionnalisme et l'énergie que nous leur connaissons. Le groupe nous présenta la plupart des titres contenus dans son récent double cd live Start The Fire. Il arpenta le répertoire de ses quatre albums solos et nous retrouvâmes toutes les composantes de leur musique : une musique planante, aérienne mâtinée de riffs de rock et de mélodies à la Beatles. Le spectacle fut agrémenté par des diapos, films, images kaléidoscopiques ou psychédéliques projetés derrière le groupe. Les temps forts furent nombreux : l'ouverture du concert avec Sleep et son final enfiévré, Roses le « tube » de RPWL tant attendu, Three Lights avec son intro très douce et son solo de guitare qui monte en puissance, Trying to Kiss the Sun et sa mélodie attachante, les reprises de Pink Floyd Opel de Syd Barett, Cymbaline et Welcome to the Machine en fin de spectacle. RPWL est devenu en cinq années une des valeurs sûres du rock progressif actuel et il le confirma brillamment durant ce show.

Comme à l'habitude, le départ vers nos pénates se fit en traînant des pieds. L'affiche proposée fut une des plus belles et des plus variées depuis les débuts du festival en 2000. Mais le Prog'Sud n'est pas qu'un festival de musique, il est un lieu dans lequel se nouent des amitiés durables (votre serviteur peut en témoigner) et des rencontres très fortes. S'il est l'un des derniers bastions du prog en France, il demeure une planète à part sur laquelle le rapport humain compte avant tout, que ce soit envers le public ou les musiciens présents. Cette humanité, cet échange constant dans lequel ne compte que la sincérité est une satisfaction de tous les instants pour chaque personne présente. La démarche des organisateurs va bien au-delà du partage de la passion d'une musique. Elle est empreinte de toute une réflexion et d'une action positive afin que ce rapport humain perdure. Rien que pour cela, le Prog'Sud devrait être reconnu d'utilité publique.

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Interview d'Eliane Armansa, organisatrice du Prog'Sud
avec Alain Chiarazzo (guitariste d'Eclat) et Cathy Clavin.

Qu'est ce que représente une organisation comme le Prog'Sud et combien de personnes sont impliquées dans l'organisation ?

L'organisation du Prog'Sud demande un énorme travail en amont, en « sous-terrain » comme beaucoup d'événements d'ailleurs. A l'image d'un iceberg, avec une partie invisible énorme, pas franchement amusante ou... franchement ingrate et une partie visible beaucoup plus sympa, heureusement ! Au niveau de l'organisation, nous sommes trois à travailler en amont. Nous sommes tous bénévoles et avons des métiers prenants... Le temps de préparation dévore une bonne partie de nos loisirs ! En ce qui me concerne, je gère la partie administrative (montage des dossiers, contact avec les partenaires...) logistique (gestion globale, réservation en tous genres...) et de coordination générale. Je m'occupe également de la communication ( site internet et promo du festival ). Alain s'occupe de toute la partie technique (contact avec les musiciens, gestion du matériel...) La programmation des groupes se fait ensemble. Cathy aide en amont au montage de certains dossiers, à la communication aussi, mais c'est surtout sur le site qu'elle joue un rôle très important, hyper actif ! Et puis évidemment, nous sommes entourés d'amis qui se rendent disponibles et qui ont une activité très intense durant le festival.

Cela représente combien de personnes quand le festival bat son plein comme ce soir ?

Cela représente plus d'une trentaine de personnes. Il est difficile de le chiffrer très précisément car nous avons toujours une aide extérieure qui se rajoute au dernier moment. En fait, il y a beaucoup de gens qui, au moment où le festival démarre, ont envie de donner un coup de main. La puissance du côté festif ! Cela dit, cette année, avec la nouveauté des quatre soirées et un bon nombre de groupes non véhiculés, j'ai organisé une réunion au Jas'Rod un mois et demi avant, avec le noyau dur de tous les amis qui sont présents depuis quelques années afin de bien répartir les rôles de chacun ; les personnes rajoutées venant ensuite en renfort.

Qu'est ce qui s'est amélioré depuis six ans ?

Je pense pas mal de choses ! Au niveau logistique, on essaie de travailler avec les mêmes fournisseurs. On a essayé de simplifier certains postes, par exemple la restauration des groupes et de toute l'équipe afin d'éviter que ce poste soit vraiment ingrat ! Depuis deux ans, nous travaillons avec un traiteur qui nous livre les repas tout prêts convenables. Suite à la tempête de l'an dernier, on a opté cette année pour l'installation des stands à l'intérieur de la salle au lieu du chapiteau. Je pense que les exposants sont ravis d'autant plus que notre copain Déci a préparé un bel éclairage pour les mettre en valeur !et puis d'autres choses encore...

Que t'évoque le fait qu'il ne reste que deux festivals de prog en France (le Prog'Sud et Crescendo) ?

Quand nous avons commencé, je ne crois pas qu'il y en avait beaucoup plus. Depuis l'an dernier, Sarlat n'existe plus, je trouve cela triste. Comme nous le dit sa racine, un festival doit être aussi une fête et je trouve dommage qu'un festival, quel qu'il soit, n'existe plus.

Le futur du Prog'Sud ???

Nous essayons depuis le début de l'aventure d'avoir l'ambition que nous permettent nos moyens ! Cela afin de tenir le coup et d'avancer sereinement. Nous espérons toujours faire mieux, nous pouvons donc penser que le futur du Prog'Sud sera le présent amélioré. C'est ce que l'on peut espérer de mieux !

Il y a la satisfaction de fêter cette septième édition.

Oui, c'est tout à fait une satisfaction quand je pense à l'enthousiasme du public, à l'énergie et à la passion déployées depuis quelques années. La valeur des groupes programmés et la rigueur de l'organisation apparaissent de plus en plus évidentes et l'esprit de la fête demeure. Le festival a permis à certains groupes de se faire connaître et de jouer ailleurs. Pour nous, l'humain et la musique sont essentiels. C'est une immense satisfaction de voir que les gens sont heureux, que tout tourne rond et que les concerts sont superbes ! Le public s'élargit au fil des éditions et le festival devient une marque de qualité. Peu importe pour certains que les groupes soient connus ou non, on nous fait confiance et c'est une belle récompense. Je suis très fière de la programmation de cette édition, persuadée de la grande qualité artistique des groupes. La scène est vraiment un lieu de vie pour la musique, de partage, l'occasion de soutenir réellement les musiciens et j'espère toujours plus de curiosité et moins de préjugés de la part de ceux qui n'ont pas encore franchi le seuil du Jas'Rod. Sans doute encore à nous de les convaincre que qualité ne rime pas toujours avec notoriété...






  


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