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LE FESTIVAL PROG’SUD 8EME EDITION : UNE GRANDE REUSSITE ( Harmonie Magazine 2007 )


***Le rituel est maintenant devenu incontournable. Chaque année depuis sept ans, au mois de mai, nous nous dirigeons vers Marseille et les Pennes Mirabeau pour savourer une grande dose de rock progressif et partager notre passion musicale avec des compères aussi passionnés que nous. Le Prog’Sud qui grandit d’année en année est devenu une place forte de notre mouvement musical. Cette année, quatre soirées étaient au programme avec des groupes aussi intéressants les uns que les autres.


 


 Tout commença brillamment le mercredi 16 mai avec Fantasmagoria, groupe japonais de la violoniste Miki Fujimoto qui nous avait enchantés l’année dernière avec Asturias. Fantasmagoria est un quintet clavier/basse/batterie/violon/guitare.  Sa musique est instrumentale et témoigne d’une grande virtuosité. Elle est composée de touches classiques et de climats à la King Crimson, mais sa dominante est symphonique avec de nombreux échanges violon-claviers et des accélérations foudroyantes. L’univers de ce groupe est tout à la fois envoûtant, mélancolique, romantique, symphonique avec de rares moments dissonnants. Les facettes sont multiples et le groupe nous offrit même un final plus jazz rock 70s avec le titre The March.


 


 Puis ce fut au groupe Opram qui nous vient de Gap de monter sur la scène du Jas’Rod. Opram joua avec fougue une musique composée de hard rock, de chanson et de métal. La fusion des trois genres fut interprétée avec une énergie réelle et un enthousiasme vibrant. Sans être totalement originale, elle fût suffisamment incisive pour captiver l’auditoire.


 


 En dessert de cette première soirée, les Hongrois d’After Crying en sextet composé de chant/guitare/basse et violoncelle/batterie/claviers/trompette et claviers confirmèrent leur immense qualité. Le groupe avait été présent pour la première édition en 2000 et revenait donc au Prog’Sud sept années plus tard. Les musiciens sont d’immenses virtuoses.  Le chanteur chanta peu, il y eut beaucoup de passages instrumentaux. Ils vont alterner les genres dans un feu d’artifices de maestria avec un premier morceau plutôt hard rock incisif, puis un solo de claviers dans Remote control, Secret service une suite au symphonisme classisant le plus pur, Burlesque et un solo de piano à quatre mains, Stonhenge et un solo de violoncelle pour terminer avec une nouvelle suite Farewell 1 et 2 et un solo de trompette. En rappel, Madrigal, morceau classique très rythmé et dansant. Cette prestation d’After Crying fut mémorable, l’un des morceaux de choix de ce Prog’Sud. Les musiciens jouèrent du jazz rock, de la musique classique, du rock progressif, du hard-rock, de la musique médiévale, du free jazz  avec la même intensité et le même immense talent.  Ils enchaînèrent les morceaux de bravoure dans une virtuosité  de tous les instants.


 


 Le jeudi 17 mai, place aux Japonais de Rough&Ready. Leur musique est progressive et symphonique. Ils proposèrent Page 1, une très belle et longue suite commençant par des climats pastoraux et apaisants à la Anthony Phillips ou Steve Hackett avec de doux arpèges de guitares. Puis le rythme enfla et la musique se fit plus électrique avec des accélérations et une alternance de climats. Ce qui domine dans Page 1 est une influence du rock progressif des racines des années soixante dix. Il y a bien ici et là quelques touches néo-prog mais le plus souvent, le groupe nous propose du prog symphonique de belle facture. La chanteuse Hidemi Miura est impressionnante, aussi à l’aise dans les climats apaisés que ceux plus rock. Elle nous confia sa joie de jouer pour la première fois en Europe. Le second titre, Free lunch, fut plus incisif avec une intro hard-rock (à la Deep Purple), beaucoup de riffs de guitare, de nombreux breaks et un très beau solo de synthés avec le clavier contournant son instrument, puis jouant à l’envers en s’arc-boutant sur son clavier. Rough&Ready nous montra deux facettes de son répertoire, l’une hard rock, l’autre progressif symphonique et plût beaucoup au public présent.


 


 Puis, les Marseillais d’Eclat nous offrirent l’une de leurs plus belles prestations en concert. Le quatuor  est maintenant composé de Thierry Massé aux claviers, Marco Fabbri à la batterie, Fred Schneider à la basse et Alain Chiarazzo dit Loise à la guitare. Eclat a mûri, grandi et est devenu définitivement l’un des groupes prog totalement incontournables dans l’Hexagone et bien au-delà. Depuis la sortie de l’opus Le Cri de la terre il y a cinq ans, le groupe a pris une dimension incroyable. Là où il était talentueux par le passé, il est devenu culte aujourd’hui. La musique d’Eclat est désormais inclassable, elle alterne les climats, bouleverse tous les schémas et contient une force indescriptible . Après une intro inédite écrite par Thierry, Eclat va tout de suite démontrer sa cohésion avec le titre Le Cri de la Terre et un dialogue claviers -guitare électrisant . Tri-Un est beaucoup plus fluide mais tout aussi dynamique avec ses digressions aux claviers, ses nombreux breaks et un solo de piano lumineux de Thierry. Médication, composition délicate de Fred Schneider, finalement très « camelienne » dans sa forme, nous permet d’entendre un thème de guitare d’Alain des plus mélancoliques. Mr Z est un hommage à Frank Zappa tout aussi mélancolique mais beaucoup plus atmosphérique que Médication avec un solo de basse de Fred et les synthés tout en douceur de Thierry. Muse et âme, autre morceau écrit par Fred, nous présentera une facette très pêchue, presque hard-prog dans laquelle Eclat démontre toute sa force de frappe. La section rythmique y est d’une efficacité redoutable. Energies est une autre composition toute en break, très jazz rock, avec de nombreuses digressions et un solo de basse fiévreux de Fred. Puis ; Eclat joua l’un des morceaux les plus puissants de sa longue carrière, Mare Nostrum.  Ce titre possède une inspiration semi-orientale et nous permit d’apprécier le solo de guitare exceptionnel  de notre Alain national, grand guitare héro devant l’Eternel, dont les notes enflammèrent une fois de plus le Jas Rod. Le quatuor est alors au zénith de sa puissance scénique et à la fin du morceau Alain fera référence à son âge avec humour en évoquant son batteur« Marco est jeune, nous on est vieux. On n’a jamais joué Mare Nostrum aussi vite ». En rappel, Eclat nous gratifiera de Toujours courir, autre titre de l’album Le Cri de la Terre, avec un nouveau solo d’anthologie d’Alain qui fait pleurer sa guitare dans une cascade de notes. Manifestement, les quatre musiciens se régalent, Thierry se lance dans un solo de piano de très belle facture puis Marco effectue un solo de batterie impressionnant et Fred un solo de basse dont il a seul le secret. Quelques riffs reggae se font même entendre. Le bouquet final est à l’image de ce nouvel Eclat, plein de force, d’assurance tranquille, d’osmose entre les musiciens et de maîtrise musicale totale. Cet  Eclat là, n’a pas fini de nous étonner et de nous enthousiasmer, en attendant avec impatience un nouvel opus.


 


Nous avons terminé cette seconde soirée avec Quidam. Crée en 1991, le groupe polonais connut une certaine notoriété dans le monde progressif dès la sortie de son premier cd en 1995. Sa prestation au festival  de Corbigny en 1997 fut un grand succès. Son cheval de bataille était un néo-prog efficace teinté de symphonisme et de mélodies aériennes chatoyantes avec en bonus le charisme de sa chanteuse Emila Derkowska.  Quidam nous proposa trois albums studio et un live à Mexico au Baja prog en 1999. Le dernier cd avec la formation de base The time beneath the sky datait de 2002 et après cette date, ce fut un peu la révolution au sein du groupe.  La figure de proue Emila a quitté Quidam et a été remplacée par un nouveau chanteur Bartek Kossowicz. Un nouveau batteur et un nouveau bassiste ont fait également ici leur apparition. C’est donc un tout nouveau groupe qui se présenta sur la scène du Jas Rod. Fidèle à ce qu’il nous présenta dans son dernier opus, Quidam nous proposa une prestation puissante, très carrée. Le groupe démontra une grande homogénéité ainsi qu’un professionnalisme à toute épreuve. La musique : du néo prog avec beaucoup de symphonisme et un peu de métal-prog. Le titre phare du dernier opus The fifth season fut très apprécié : le titre commence tout doucement  avec une flûte en liberté et un chanteur baignant dans l’émotion. Peu à peu, le grandiose prend le pas avec des montées de rythme de plus en plus prenantes et toujours la présence de la flûte enchanteresse. L’accélération se fait jusqu’au  final qui se clôt dans un univers hard rock. Il y eut des reprises comme Los endos de Genesis ou Night in white satin des Moody Blues, Hush de Deep Purple ou Wish you were here de Pink Floyd, un vieux medley des meilleurs titres de la première période du groupe et beaucoup d’extraits du nouvel album The fifth season. Ce fut un festival d’excellent néo souvent musclé  avec soli de guitares tout azymuth et la beauté de cette flûte qui rehausse encore le niveau des compositions. Le morceau Surevival  fut l’autre grand moment du concert. Quidam nous laissa avec l’impression que sa seconde vie serait aussi intense que la première.


 


 Le vendredi 18 mai, le groupe des Pennes Mirabeau Mrs Doyle remplaçait au pied levé le groupe niçois Rosco il est content contraint d’annuler du fait de l’accident d’un de ses musiciens. Mrs Doyle proposa un rock branché, fusionnel qui inclut tout à la fois des atmosphères et des chants à la Bjork, Portishead, Tool, Sigur Ros et beaucoup de synthés. La scène est sombre et le chant est syncopé, à la limite du ténébreux.


 


Avec Maldoror, groupe du Sud Ouest, il a été possible d’explorer un autre versant du prog dont on parle moins, celui du prog théâtral à la Ange avec grandes envolées lyriques, textes prophétiques. Ils ne sont guère plus qu’une poignée de groupes (Maldoror, Quadra, Exode, Motis) exploitant avec passion ce volet de notre mouvement musical, sorte d’exception à la française. Avec Maldoror, nous voici revenu au bon vieux temps des grimoires, de l’alchimie, des ambiances médiévales. La recette reste identique : folk, madrigaux  et ballades, beaucoup de breaks et un symphonisme à la française avec des mélodies pures et solides comme le roc. Les claviers analogiques mènent la danse et Maldoror présente l’intégralité de son unique album l’Arbre Cimetière avec comme cerise sur le gâteau un nouveau titre sublime l’œil d’Heidegger. Cette musique méditative, parfois romantique, toujours passionnante,  profondément ancrée dans l’histoire du rock progressif de notre hexagone, est restituée avec fougue et détermination par les musiciens. Leur mérite est d’autant plus grand que leur clavier les ayant quittés il y a peu, ils ont assuré ses parties avec une machine. Cela passa comme une lettre à la poste, tant nos amis étaient déterminés. Le set de Maldoror fut un autre moment intense de ce festival.


 


 Pour clôturer cette troisième soirée, les Finlandais de Overhead firent grande impression. Ces jeunes gens, auteur de deux albums Zummantum en 2002 et Metapitome en 2005, confirmèrent sur scène toutes les promesses contenues dans ces deux opus. La musique de Overhead est puissante, généreuse. Elle puise allègrement dans les racines des grands du prog (Pink Floyd, Genesis, Rush, Marillion, Dream Theater)  avec des sons de claviers seventies, des parties de basse endiablées, des vocaux élégants, une flûte inspirée et des parties de guitare de très haut niveau. Mais elle se révèle totalement personnelle car elle ajoute à ces ingrédients des touches psychédéliques ou électroniques. Cette fusion de rock progressif vintage et néo, de prog métal et d’ambiances à la Jethro Tull fut des plus captivantes. En rappel, le groupe nous régala d’une version survitaminée et magnifique du 21st century schizoid man de King Crimson. Ils nous livrèrent également un nouveau titre qui n’a pas de nom (No Name) qui présage de la qualité d’un prochain opus qui ne saurait tarder.


 


Cette dernière soirée du samedi 19 mai fût celle de toutes les découvertes. En effet, Eliane et Alain, nos amis organisateurs, avaient prévu quatre sets et une programmation pointue, exigeante, sortant des sentiers battus, afin de faire tendre l’oreille du public présent vers des univers musicaux moins abordables et plus expérimentaux.


 


Tout commença par Double Face, un duo basse-piano constitué de l’excellent bassiste d’Eclat Fred Schneider et de la pianiste Kathrin Sinistra. Ceux-ci exécutèrent une musique expérimentale, romantique, le plus souvent mélodieuse, parfois dissonante, mais toujours inventive. Ce duo fut une belle surprise.


 


Puis le virtuose argentin du Chapman stick Guillermo Cides prit le relais avec une musique nerveuse, exigeante. Le stick est un instrument des plus difficiles car il vous faut jouer un jeu de piano sur un instrument à cordes. Les deux mains jouent deux parties simultanément et l’instrument est constitué de dix cordes : six cordes de guitare et quatre cordes de basse. La maîtrise du Chapman stick nécessite un grand nombre d’années de pratique, l’un des maîtres du genre étant Tony Levin, le bassiste de Peter Gabriel. Cet instrument est un instrument à part, venu d’ailleurs. Seul au chapman stick, Guillermo va nous offrir une incroyable performance en effectuant différents styles musicaux (Bach, King Crimson) et en enregistrant des boucles en temps réel. Musique fluide, musique baroque, rythmes syncopés ou apaisés, tout y passera pour le plus grand bonheur du public présent.


 


 Oxygène 8 est le groupe de Linda Cushma qui est elle aussi une adepte du Chapman stick. La musique fut rock, pêchue le plus souvent, parfois plus calme avec des ambiances à la Peter Gabriel et de longs morceaux. Puis Linda laissa la place à son guitariste Claudio Cordero qui interpréta tout seul trois morceaux de son album solo. Celui-ci fit apprécier sa technique époustouflante à la Satriani ou Steve Vai. Puis Linda revint sur scène avec Guillermo Cides pour interpréter quelques extraits de son dernier CD, Freak of Chance, dans lequel le groupe explore les territoires du King Crimson des années 80.


 


Tout a une fin et la formation espagnole de Kotebel termina en beauté cette huitième édition du Prog’Sud. Kotebel est l’un des rares groupes prog de ces dix dernières années qui a présenté au public progressif une musique totalement originale. Il fallait un sacré culot pour inclure dans une formation de rock progressif une vraie chanteuse soprano en la personne de Carolina Prieto. Le but de la musique de Kotebel est  de mêler l’académisme classique et le rock progressif. Cet univers musical ambitieux  est romantique, symphonique, parfois sombre,  mais toujours hautement mélodique. Des atmosphères très complexes se succèdent sans temps mort et le maître mot de l’entreprise est effectivement la beauté sans aucune concession à la facilité. S’il est vrai que la dominante est à inspiration classique, le rock progressif est très présent. Le groupe  joua pour nous l’intégralité de son dernier opus Omphalos, un véritable chef d’œuvre. Kotebel était le pari du Prog’Sud, un univers musical exigeant qui demande de la disponibilité et une ouverture du cœur et de l’âme pour en apprécier les multiples facettes.


 


Comme toutes les années, nous quittâmes le Prog’Sud avec peine. Cet espace d’amitié, de partage musical, de découvertes en tous genres est devenu primordial pour nombre d’entre nous.


 Pour ceux qui découvriraient ce festival à travers ces lignes, sachez qu’un véritable esprit de fraternité et de convivialité y règne. La grande satisfaction fut de constater qu’une moyenne d’environ 300 personnes assista à chaque soirée proposée. La programmation, très variée comme à l’habitude, incluait des groupes à la démarche expérimentale, du néo prog, du rock théâtral à la française, du rock progressif à tendance classique, vintage, symphonique etc.. Le dosage  entre groupes célèbres du mouvement (After Crying, Quidam), nouvelles formations dont on parle (Overhead), groupes moins connus et qui  méritent de l’être bien plus (Kotebel, Oxygène 8) fut une nouvelle fois des plus subtils. Il est donc très réjouissant de constater que le rock progressif est bien vivant et que lorsqu’un festival est organisé avec passion et professionnalisme, il est des plus fédérateurs. Nous ne remercierons jamais assez les organisateurs d’avoir mis à l’honneur notre région Provence- Alpes- Côte d’Azur avec ce festival qui continue son chemin et fêtera en 2008 sa neuvième année d’existence.


Rendez-vous  pour le WE de l’Ascension 2008 et n’hésitez pas à visiter le site du festival : www.progsudfestival.fr


 


 


Raymond Sérini 

Articles de Presse