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                                                       PROG'SUD 2006
                                Compte-rendu & interviews : Bruno Cassan pour Koid'9 (n°58)

7ème édition déjà pour le PROG SUD, sous-titré Festival International de Rock Progressif, dont on peut dire que outre la diversité des nationalités présentes, l'éclectisme des genres proposés en toute cohérence a été pour moi le fait marquant du festival.

Un festival dont l'aura grandit de plus en plus, dont l'écho se fait entendre sur toute la planète. Et ce n'est que justice, là où d'autres galèrent pour obtenir quelques noms, l'association du Prog'Sud croule sous les demandes de groupes des cinq continents, preuve incontestable de sa bonne santé.

Il n'en demeure pas moins que sans public, point de remise de couvert possible, et disons-le tout de suite, l'équilibre a été heureusement atteint. Je ne pourrai néanmoins m'empêcher de fustiger encore une fois les absents parce que quand vous avez pour 15 euros une soirée avec Il Castello di Atlante, Mangala Vallis et Soft Machine et que la salle n'est pas pleine à se marcher dessus c'est à se demander !?

Les fidèles de toujours étaient encore là, et le plaisir de revoir des anciens revenir, et aussi et heureusement des nouvelles têtes ajoute au bonheur de partager 4, 3, 2 ou qu'une soirée pour certains, les trois mamelles du festival étant plaisir, amitié et professionnalisme (mais ça on le savait déjà) de toute l'équipe dont le travail n'est jamais salué à sa juste valeur.

Le mercredi 24 mai 20h30, démarre la soirée consacrée au prog français et c'est John Slade Band qui ouvre le bal. C'est un groupe local ayant deux albums à son actif, "Non stop" et "Broken fingers" qui date de 2003. Les sept morceaux qu'ils proposeront appartiennent à celui-ci, excepté le 4ème, "Potos" qui n'ayant pu y trouver de place, retrouve vie ce soir, et devrait se voir graver sur le prochain CD. Venus jusqu'à présent en spectateurs au Prog Sud, ils envoient leur disque à Alain qui flashe dessus et les invite. Et lorsque dans leur répertoire respectif on a un morceau qui s'appelle "Mr Z" pour Eclat, et "Frank" pour le John Slade Band, il y a forcément des points communs quant au contenu. Rien que les titres des morceaux reflètent l'état d'esprit des compos : "Zarmatronik", "A Senez", "Frank", "Potos", "14 accords", "Mambo dans la Skoda", "Oncle Funk (part. 1, 2 et 3)".

Le premier contact se fait par une intro très 70's puis un truc barré à la ACT ; ça joue fort et bien, la basse est ronde à souhait et gronde à volonté, la guitare fait semblant de s'égarer, c'est à un florilège de climats tantôt jazz-rock à la Chick Corea ou fait de samples divers,(xylophone par exemple), et plus souvent proche de l' univers de Frank Zappa, hétéroclite, iconoclaste et assurément bandant !! Le tout est très festif, pêchu et la barre est placée haute d'entrée, superbe entame. Je reviendrais dans le prochain numéro sur cet album de 2003 car il mérite toute notre attention, et mon petit doigt me dit qu'on devrait les revoir bientôt tant leur musique colle au lieu... JSB, le seul groupe que je ne connaissais pas et déjà la révélation du festival pour moi!

Lords of Mushrooms remet les pieds sur les planches du JasRod là où on peut le dire tout a presque commencé pour eux, c'était en 2002. Deux albums plus tard, un nouveau batteur (pour l'époque) et un nouveau bassiste,Sébastien Caviggia découvrent cet antre magique qu'est cette salle.

LoM va presque jouer l'intégralité du nouvel album fraîchement sorti "Seven deadly songs" et si ils débutent par l'intro d'«Anger » , c'est une nouvelle compo, "I want you", qui se verra confiée le privilège d'ouvrir ; suivent "Anger", "Envy"," Daddy"(inédit encore),"Gluttony",Lust"et les trois parties de "Legend", le tout pour 75 bonnes minutes. L'habitude de la scène commence à se faire sentir chez les Mushrooms, et ils vont délivrer un set très pro, irréprochable techniquement, comme d'habitude serais-je tenté de dire, efficace en diable. C'est vrai que le propos du nouvel album s'est durci et que j'entendrais quelques voix se plaindre d'un manque de "mélodicité" comme dirait Aimé Jacquet ! LoM est confronté au dilemme, trop prog pour les hardeux, trop hard pour les progueux. Je leur souhaite de connaître la même carrière qu'un certain Saga pour qui le problème s'était également posé en son temps, dans l'autre sens. Le désormais incontournable solo de batterie de Michael fera l'unanimité et après la dernière note de "Try again", dernier inédit offert dont on dira tout comme des nouveaux morceaux qu'ils prennent une coloration un poil plus pop, LoM laissera sa place avec le sentiment légitime du devoir accompli.

Changement de tableau pour accueillir Taï Phan. Thaï Phan est le groupe du batteur Stephan Caussarieu, membre dissident du plus illustre Taï Phong qui vit toujours de ses cendres. Grosso modo, le discours proposé par les deux groupes est le même: une pop, pour ne pas dire variété, assez pathétique, emmenée par des musiciens certes à l'aise (clavier notamment) mais loin derrière tous ceux qui défileront ce soir et les autres jours. Je soulignerai donc la reprise de "Sister Jane", le véritable hit de Taï Phong période Goldmann qui n'est déjà pas transcendante à la base, et puis quelques reprises plus appréciées des spectateurs, "Firth of fifth" de Genesis ou "Time" des Pink Floyd. La déception du festival.

Le jeudi 25 mai est sur le papier le temps fort du Festival au vu des noms. La promesse sera tenue, mais par bonheur les jours suivants seront tout aussi créatifs. Les Italiens de Il Castello di Atlante débutent cette soirée et ouvrent par "Non puoi fingere", le premier morceau du dernier album "Quintessenza".

Du haut de ces 13 minutes il permet d'entrer de plein pied dans l'univers d'un prog italien traditionnel mais au combien poétique. La part sera faite au premier album (voir plus loin) avec "La foresta dietro il mulino di Johan", "Semplice ma non troppo" et à "Il vessillo del drago" en rappel. "Questo destino" immense pavé de 15mns appartient à "Quintessenza" et seul "Stava scritto" du 4ème album ("Como il seguitarre...") aura l'honneur de représenter les autres albums. J'avoue que j'ai toujours eu un faible pour ce groupe, le violon de Massimo di Lauro n'y étant sûrement pas étranger. Emouvant ou enjoué, moyenâgeux ou moderne, l'instrument comme son interprète (mais qui profite à qui, finalement) a le mérite d'entraîner l'auditeur.

Paolo, derrière ses fûts cadre tout le monde et fait dérouler grâce à ses acolytes, un prog certes pas aventureux, mais justement un propos que l'on devrait toujours apprécier par chez nous, fait de folklore méridional, latin, et d'une touche génesienne des débuts que l'on ne retrouve avec talent que trop peu ailleurs. Le choix des morceaux a été judicieusement établi, afin que pendant 1 heure de concert, on n'oublie pas ce prog à l'ancienne vers lequel on se retourne toujours finalement. Si du début à la fin, Aldo Bergamini (gtr) fend son visage d'un sourire, Roberto Giordano (Clav.) et Franco Fava (basse), le petit nouveau (mais déjà âgé) sont concentrés, partageant avec les 1ers rangs le plaisir d'une musique communicative.

Mangala Vallis leur succède avec en théorie un prog estampillé "Genesis" plus moderne et plus direct. Si le set sera excellent, j'avoue que pour les puristes comme pour les autres ils ne surclasseront pas leurs compatriotes précédents. La première raison vient du chant. Bernardo Lanzetti, l'illustre voix de PFM est très particulière, timbre aigu et coffre puissant,qui va user assez vite une majorité du public. De plus la set-list (en fait l'intégralité et dans l'ordre du dernier opus "Lycanthrope") comporte beaucoup de morceaux chantés, et cette omniprésence va parfois occulter la musique qui elle, porte témoignage de l'héritage italiano-britannique de la fin des 70's. Attention, le set sera très pro, peut-être trop, Lanzetti, ayant fait un effort costumier, se démènera en gestes et en jeu de scènes pour rendre vivants les textes des chansons.

Trop peu d'émotions seront échangées me semble-t-il, et un zeste de suffisance quand il demande à être applaudi pour ce qu'il est, à savoir la vedette de PFM, me semble déplacé en ce lieu, et à la place du tonnerre d'applaudissements escompté, seul un petit silence lui répondra. Les autres s'effaceront devant leur désormais leader et se contenteront de prodiguer une bonne prestation musicale, supérieure pour ceux qui y étaient à celle de la convention Progresiste, paraît-il. Un poil décevant néanmoins, Mangala Vallis perdant en fond de cour ce qu'il croit gagner en charisme. Place enfin à un grand dinosaure encore en activité que le rock progressif, il y a quelques années en manque de repères ou de locomotives s'est approprié et a intégré en son sein. A juste titre ? Long débat, mais d'une manière générale, l'âge venant, nos oreilles, et c'est scientifiquement établi ne perçoivent plus les mêmes fréquences de la même façon . En vieillissant on se détourne de certaines musiques et on est attiré par d'autres notamment le jazz. Je sais pour être allé voir Soft Machine le 16 décembre 2005 sans à priori et sans fanatisme que tel un miracle j'en suis ressorti avec la clef d'autres sphères, on m'avait fourni un décodeur... Elton Dean notamment m'avait bouleversé...

Ces musiciens sont dans le circuit depuis 1967 pour deux d'entre eux (Hugh Hopper, John Marshall), et John Etheridge, dont Sting dit :"Je n'ai jamais voulu être une star mais juste être un musicien reconnu comme John Etheridge" est un monument, quand à Théo Travis il est le plus connu des progueux pour être associé à moult projets, The Tangent pour n'en citer qu'un.

J'avoue que j'avais hâte de l'entendre se confronter à de telles pointures et quelle serait son approche. En fait ses bagages, ses connaissances des divers styles qu'il pratique en session-man feront beaucoup ce soir pour apprivoiser le public, pour qui ce propos plus jazzy que jazz-rock auquel il n'est pas habitué à écouter au Jas-Rod désoriente plus qu'il ne séduit. Ainsi une petite partie s'éclipsera après "Ash" de l'album éponyme de John Etheridge et de "Seven for live" datant de 1977 extrait de l'album "Happy Daze" d'Elton Dean, déjà en quête de défrichement free. "1012" de l'album "Jazzloops" de 2002 de Hugh Hopper laisse la place à "Strange conforts" de l'album "I did'nt know" de John Etheridge en 2004. Ces 4 morceaux même s'ils sont donc issus d'albums solo, s'intègrent parfaitement dans l'immense grande discographie Soft Machine ; en fait même si Soft Machine ne compte que 7 albums (sans les live), la grande Discographie en compte des centaines si on compte et on doit le faire, la foultitude de projets divers où interviennent les uns et les autres. La musique est intelligente, défrichante, faite pour être offerte live, et la qualité intrinsèque des musiciens scotchera les spectateurs à leur siège même s'ils ne comprennent pas tout. Il faut dire que John Marshall et Hugh Hopper s'entendent comme larrons en foire et créent des rythmes suffisamment riches pour paradoxalement permettre aux deux autres de s'exprimer et de quelle manière !! John Etheridge plus réservé que démonstratif répond aux multiples solos de T. Travis nullement intimidé et qui au contraire s'éclate, s'investit, offre beaucoup de lui-même si sereinement !

"Kings and Queens" du "Fourth album" (71 - écrit par H. Hopper) puis "As if" du "Fifth" de M. Ratledge en 72 conquièrent enfin le public attentif qui comprend la chance d'entendre des grands de cette trempe. S'en suit un solo du placidement génial John Marshall suivi d'un autre accompagné de J.E, puis "Kite runner" un morceau signé Etheridge pour finir de tourner les têtes. Le rappel verra nos britishs interpréter "Facelift", signé H. Hopper en 1970 du "Third" album. Un final de 20mns où ce "vieux" morceau prouve que géniaux ils étaient il y a 36 ans déjà, géniaux ils sont toujours aujourd'hui, cette pièce maintes fois remaniée au fil des ans et des concerts transfigure le style dit "canterburien" en juste de la musique sans âge, éternelle, et qui vous fait applaudir à tout rompre quand ces grands monsieurs vous disent humblement au revoir en quittant une estrade qui s'est pour quelques temps imbibée de leur âme.

Peut-être difficile d'approche pour certains, j'en conviens, mais quelle leçon !! Une nouveauté cette année, pendant les deux premiers soirs nous aurons droit à une "banda" folklorique provençale, meublant l'ambiance pendant les changements de plateaux. Une initiative originale qui permet de garder les oreilles "au chaud". Clin d'oeil révélateur de l'ambiance du Prog'Sud.

Le vendredi 26 mai : Paul Whitehead. Oui, vous avez bien lu, il s'agit bien du célèbre illustrateur des Genesis, Clearlight et consort (connais toujours pas celui-là !!). C'est Dan Shapiro, manager entre autre du regretté Shaun Guerin qui lui a suggéré de "monter" live les bidouillages que Paul s'amusait à faire sur son ordinateur familial. Il en résulte un concept d'une cinquantaine de minutes autour de cyborgs extra-terrestres envahissant l'univers.

Les musiciens portent un masque métallique, une lumière rouge clignotante et se révèlent être Marco et Laurent, la section rythmique d'Eclat, Gilbert dit Tonton(de l'organisation), grand déconneur devant l'Eternel, au récit français, un claviériste engagé pour l'occasion et donc de P. Whitehead, méconnaissable avec sa perruque, aux programmations et au récit en anglais. Musicalement minimaliste, très "ambiant", sur fond de voix trafiquées, et parfois plus emphatique grâce aux claviers, dans le monde de l'Art on parle de "performance" pour faire passer au mieux, de l'avant-garde (puisqu'il s'agit ici de musique, je comparerais à Jasun Martz) ou au pire de la fumisterie me souffle un voisin. Pas désagréable mais long et pour fan d'ambient.

Puis Eclat rentre en terrain conquis, la salle est pleine... Ca démarre en trombe par "La machine" morceau dont le nom fait déjà référence à Soft Machine qu'Alain dédiera affectueusement à Elton Dean. Pas le temps de souffler Eclat nous offre une version de "Tri-Un" plus riche et plus dépouillée à la fois, plus free, plus jazz-rock et démontre encore et encore que le groupe mérite le statut de leader au plan national qui curieusement lui échappe toujours mais aussi une place au panthéon des groupes riches et innovants. Je le disais déjà au Prog Farm, qu'attend-t-on en France pour attribuer à Eclat la stature de groupe international. Si dans nos milieux autorisés, on regrettait les départs successifs de Fabrice Di Mondo, Bruno Ramousse et de Jérôme Leroy, il faut avouer que de revenir à quatre permet de recentrer l'énergie et de gagner en unité.

"Medication" est un nouveau morceau composé par Fred Schneider, le nouveau bassiste ; c'est un tempo lent où Alain Chiarazzo peut y développer toute sa poésie, un morceau finalement très progressif plein de sensibilité et de retenue. "Mr Z", hommage à Frank Zappa, devenu incontournable est une longue extase jubilatoire, s'enchaîne avec "Energies" un morceau qui date et ça s'entend mais qui fait toujours du bien à nos oreilles, que voulez-vous on s'attache ! Avec "Horizon pourpre" on a la carte de visite idéale d'Eclat, en effet si l'on y regarde bien Eclat s'impose comme prétendant dans chacun des styles dans lesquels il s'essaye. Ainsi par exemple avec "Toujours courir" y est développée une musique plus à ressentir qu'à remuer. Alain a un organe supplémentaire qui prolonge ses mains : sa guitare qu'il charme, dompte et fait crier comme il veut qu'elle chante, le reste n'étant que poésie et émotion. On pourrait oublier les autres intervenants mais la symbiose que l'on perçoit entre tous est juste un régal. La magie d'Eclat c'est que chaque concert semble meilleur que le précédent, c'est manifestement la marque d'un grand groupe et quel plaisir pour nous auditeurs que de renouveler la re- découverte. Marco n'est pas en reste et obtient l'adhésion de toute la salle avec son solo de batterie qui s'enchaîne avec celui de Fred Schneider, très bon, assez proche d'un Stuart Hamm. Nous avons droit en rappel à "Mare Nostrum", oriental et délirant, envoûtant et jouissif morceau qui sera sublime et sublimé ce soir. Pour moi le final idéal. Adieu "Circus", un niveau a encore été franchi. Vrai cadeau que cet OVNI musical.

Lazuli n'avait pu jouer l'année dernière, victime comme tous, d'une panne de courant dont l'ampleur (4 départements touchés) n'avait pas été connue depuis plus d'une décennie avait-on appris plus tard. Gentleman, le Prog'Sud réinvite notre sextet gardois et il n'aura pas à le regretter. "En avant doute" et "Chansons nettes" (chanson plus intimiste qu'il n'y paraît) démarrent ce concert et il faudra bien le temps de ces deux chansons pour que le public s'imprègne de l'atmosphère. C'est avec "Laisse courir" que toute l'intensité de Lazuli va se réveiller en live. La voix de Dominique Leonetti est plus puissante qu'en disque et ce sans artifice. La musique n'est pas vraiment prog mais qu'importe, elle est vivante, respire, est porteuse d'émotions. Il y a surtout une pulsation très puissante qui sans être techno ressemble à un coeur qui battra durant tout le concert. Les morceaux défilent "Une ombre au tableau", "Rien d'important", "Un hiver", Mal de chien", "Le repas de l'ogre", "L"impasse", "Un printemps", "La valse", on sent l'émotion live, d'accord c'est vrai pour tous les groupes mais la scène est le théâtre, le terrain de jeu obligé de Lazuli. Il faut juste accepter le deal avant, si l'on accepte de se faire embarquer alors ça décolle ; possession est le mot qui convient bien à Lazuli. Lazuli prend possession de la scène et de qui veut s'offrir, rien à voir avec Soft Machine mais ces troubadours modernes tout comme eux, ont le don de l'instant présent. Un concert de Lazuli est une expérience, une aventure, il y a décalage énorme avec là où on ne pourrait y voir qu'une variété améliorée. Après tout qu'est-ce qui éloigne Ange, par exemple, de la variété, juste de l'émotion retenue ou pas.

Et puis la Léode n'est plus un mythe, elle est devant moi. La Léode est une sorte de synthé à manche,Claude Leonetti ayant une main et demie vais-je m'autoriser à dire, le concept permet à son inventeur d'en faire plus qu'avec une guitare ou un clavier avec une main. Le prodige tient de là ; c'est intelligent mais surtout efficace, les notes qui en sortent touchent autant que l'un ou l'autre des supports. La Léode pleure, chante, crie, jouit et apporte véritablement du nouveau dans le paysage musical. Ainsi dans "Nos voix se mélangent" morceau orgasmique où des sons extraordinaires sortent de la Léode, c'est un rendez-vous "ozrical "même si ça n'a rien à voir, le point commun étant juste la communion avec le public. "L'arbre" pour finir, plein de fougue avec ses cors prend toute sa dimension en live pour le treizième effet KissCool. "Amnésie" est offert en rappel même si Fred ne sait plus où sont ses baguettes.(joke)

Le public me fait plaisir et rappelle le groupe ; tout le monde se met aux percussions pour "Mon mari me bat" et/ou au xylophone, un truc très Gabriel, (une référence que Lazuli aime bien citer) qui fait taper le public dans ses mains en rythme, qui communie et rend hommage aux musiciens qui lui auront donné un concert magique. Eclat plus Lazuli, une grande page du Prog'Sud ce soir. (Lazuli à la convention Ange le 12 août à Bergerac,ne ratez pas ça, bonnes gens du grand sud-ouest !!).

Le samedi 27 mai Šdéjà et Asturias entre en piste et va proposer une heure de musique quasi classique, raffinée et délicate (voir chronique du CD par ailleurs). Si il fallait faire un reproche, c'est qu'il s'agit ici de musique écrite. Pas de place pour l'improvisation donc, on est dans la copie carbone de l'album ! Quel est l'intérêt alors ? Eh bien, tout le monde n'a pas l'album (et je vous invite grandement à le découvrir), et que c'est vraiment une chance d'écouter de tels musiciens et pour ceux qui connaissent Asturias, la set-list proposée ce soir est attractive. En effet seulement 3 des 5 morceaux de "Bird Eyes View" seront joués ("Distance", "Adolescencia" et "Ryu-Hyo" en final). Ce qui veut dire, que l'on a droit à un autre ancien morceau revisité en acoustique à savoir "Rogus" de "Brilliant Streams" une version peut-être plus émouvante, captivante et déchirante, la présence du violon la magnifiant à l'évidence, et des inédits donc ensuite dont , "Watadori" en entame, "Kaikoh", le 4ème, morceau de musique traditionnelle japonaise, sublime, émouvante, très incitatrice au voyage d'autant qu'il se double sur la fin d'une guitare hispano-progressive.

"Waterfall" en 5ème position du set et "Kageroh" 8ème et dernier en rappel, ces morceaux devraient peut-être bénéficier d'un traitement électrique pour un prochain album, et ne sont ce soir en rien inférieurs à ceux du CD 5 titres et dans le même esprit. Joli cadeau donc, que vous pouvez retrouver sur le double CD acoustique (le même en version longue que le seul 5 titres disponible), que vous ne pouvez vous procurer que lors des concerts d'Asturias ! D'où l'intérêt de se déplacer donc ! A noter également, un DVD enregistré live au Japon dont le son est supérieur au double CD, privilégiez donc ce support si vous avez la chance d'y avoir accès qui n'est disponible lui aussi qu'en tournée.

Juste beau, poétique, Asturias aura touché, ébahi l'assemblée et à 4, Yoh Ohyama (guitare et glockenspiel, unique compositeur), Yoshihira Kawagoe (piano), Kaori Tsutsui (clarinette et flûte à bec) et la belle Miki Fujimori au violon ( qui remplace Mika Kitatsuji), font aussi fort qu'un orchestre. Sublime moment d'enchantement. Un groupe japonais en chasse un autre et on va passer quasiment d'un extrême à l'autre. En effet Baraka est un power-trio à l'énergie débordante dont on pourrait dire qu'ils sont plus "hard" que LoM, mais la dimension seventies de leur musique fait que nous sommes plus proche d'un esprit prog. Baraka va jouer 5 longs morceaux, "The definition", "Bharmad", "River is no more", "Five rings" et "strawberry wine" qui ont pour point commun un groove incroyable et une grande intensité.

Shin le bassiste/chanteur arbore un costume deux pièces gris foncé à fines rayures et me rappelle un certain Glenn Hughes pour le côté sape mais pour le propos musical aussi. Même si le groupe revendique d'autres influences, on est dans un univers proche de Ian Gillan et de Led Zeppelin et pour les exégètes ça ressemble en mieux et en plus moderne à leurs compatriotes des années 80 Terra Rosa. Shin a une voix pas si éloignée de Geddy Lee (Rush) et le côté mélodique est privilégié sans cesse. Souvent généreux, Issei (guitare) et Max (batterie) accordent quelques passages lents dont on sent que ce n'est pas là qu'ils sont le plus à l'aise, même si ils sonnent parfois un peu Journey.

Tu m'étonnes que ces gars tombent les filles comme des mouches au Japon où leur look et leur musique rock sensuelle attire comme une margarita. Un côté Purple aussi par moment, et je me surprends à saisir l'ombre d'Odessa sur le Prog Sud. Même sans être là, ils ont encore réussi à y être. Les corps suivent, les déhanchements se font automatiquement, et je vois le guitariste d'Asturias headbanger sur Baraka, sa musique étant à priori si éloignée. C'est aussi ça la magie du Prog Sud. Recueillant une très bonne note à l'applaudimètre, comme quoi les progueux ne sont pas sectaires, Shin, Max et Issei reviennent pour "Palm trees of the Moldives". Un morceau que j'ai pris longtemps pour "Signals" de Rush. Plus prog que le reste du répertoire de ce soir, les Baraka repartent sourire jusqu'aux oreilles, ravis de l'accueil reçu pour ce premier concert européen.

Et je me dis que ça va être compliqué pour les suivants à savoir RPWL. RPWL est sans doute le groupe le plus connu de cette édition pour lequel (en théorie) les gens se sont le plus déplacés. Je ne vous ferais donc pas l'injure de décrire leur musique, ce qu'il y a de plus calme chez Pink Floyd pour les uns, un univers ouaté, agréable et coloré façon Porcupine Tree pour les autres, RPWL va se révéler être un bon ingrédient de cette recette 2006 du Prog'Sud, façon digestif, on s'en est tellement pris dans le cerveau depuis 4 jours que finir en se laissant (trans)porter est bon à prendre. RPWL va faire la part belle à ses deux derniers opus "World through mey eyes" et "Stock". C'est ainsi que l'on retrouve dans l'ordre : "Sleep", "Start the fire", "Gentle art of swimming", "Roses", "3 lights", "Opel", "Day on my pillow" et "Wasted land", "Trying to kiss the sun" s'intercalant après "Opel". La première surprise, c'est "Hole in the sky" de "God as failed" en final, qui à ce moment-ci du concert réjouit tous les spectateurs encore présents (il doit être 1h30 du mat !).

1er rappel et 2ème surprise, RPWL joue "Cymbaline" déjà présent sur le nouveau CD live, mais surtout extrait de "From signs of life" le tribute à Pink Floyd. On enchaîne avec "I don't know", il se fait tard mais le public en redemande alors 2ème rappel et reprise de "Welcome to the machine" du Flamant Rose qui achève à 2 heures du matin cette nouvelle édition. RPWL quitte la scène, les lumières se rallument, c'est fini.

Comme à chaque fois des sentiments s'opposent. Joie d'avoir vécu encore de grands moments, et tristesse de devoir partir, se quitter et attendre douze longs mois pour revivre une nouvelle aventure marseillaise. Beau tour de force que d'avoir réuni d'aussi talentueuses formations, dans des styles différents ; il y en avait pour tous les goûts et ce dans une homogénéité remarquable. Une édition digne d'un grand chef, qui sait respecter les saveurs, l'équilibre des aromes et qui s'autorise aussi quelques audaces. Levons nos verres à ce cocktail réussi ! Merci à tous, à l'année prochaine !

  

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